[----------------------------------------ARTICLE JOURNAL "LA PRESSE"----------------------------------------]
Mohamed Segueni : Et ce fut l'enchantement !!
L'énergie débordante et le dynamisme tout en tonus et en punch de Rachid Segueni témoignent d'une audace qui paie!!
Le théâtre de plein air Mohamed Ben Ali d'Ezzahra a retenti dans la nuit de mardi au rythme des complaintes et lamentos plaintifs du malouf constantinois. L'ensemble de musique andalouse de Constantine, capitale de l'Est algérien, s'est attaché à démontrer d'une manière évidente et rigoureuse le regain de santé et de vitalité que connaît cette belle musique venue d'Espagne, la musulmane, en dépit des assauts de plus en plus répétés et menaçants du raï, rap et autres courants modernes qui se sont imposés sur la scène musicale algérienne et qui risquent, si on n'y prend garde et à la longue, de constituer un vrai danger pour la survie pas seulement du malouf, mais aussi du haouzi, chaâbi et sahraoui. Mais c'est sans compter sur des hommes de la poigne de Bennani, Fergani et Seguini.
Une notoriété point usurpée
Surnommé «le Rossignol du rocher» en référence à Constantine, ville perchée en haut des rochers surplombant les gorges profondes du Rummel, Rachid Seguini, très élégant dans le costume traditionnel constantinois, a prouvé que le malouf avait encore de beaux jours devant lui malgré les tentatives nihilistes d'une certaine tendance obscurantiste qui, désespérément et sournoisement, essaie de projeter la musique dans un abîme sans fond.
Avec charisme et ascendant, Rachid Seguini a mené sa formation composée de treize instrumentistes face à un public où les Algériens étaient honorablement représentés. L'artiste a fait étalage d'une érudition musicale impressionnante en matière de modes et de maqam et de maqam en vogue dans les villes de Tlemçen et Alger pour ce qui est des m'shaâliya et tushiya et Tunis pour le m'saddar.
Le concert a démarré avec un peshrev constantinois, suivi du fameux morceau «Ja'a zaman el enchiira» (Voici venu le temps de l'exaltation) et de toute une série de chants. C'était de véritables poèmes langoureux où tous les sentiments humains, fondus et fusionnés dans des tons «bleus à l'âme» étaient déclinés autour de l'amour, la séparation et l'infidélité. Des thèmes aussi vieux que le monde, exprimés dans des mélopées à vous déchirer et crever le c½ur. Des mélopées point lugubres, plutôt nostalgiques !
Les instrumentistes, chevronnés au point de vous faire basculer dans l'émotion la plus profonde, étaient si exceptionnels, en particulier les percussionnistes, qu'on ne vantera jamais assez les prouesses.
Ravi jusqu'à l'extase
Au beau milieu du concert, Seguini a invité la jeune Cyrine Ben Moussa (elle vient de se produire en sa compagnie au Centre culturel algérien de Paris où elle s'épuise sur un doctorat en musicologie à la Sorbonne et un mastère en gestion du patrimoine audiovisuel à l'INA à Paris) à le rejoindre sur scène pour un duo improvisé sur-le-champ et ébauché au gré des inspirations nées de l'instant. Le présent, comme par en- chantement, a cessé d'être, laissant place à une sorte de ravissement, d'extase difficile à contenir et à saisir. De sa voix en demi-teinte, la belle Cyrine Ben Moussa a chanté et ravi. Dans un ton nuancé où les sonorités vocales sont adoucies par sa manière discrète et réservée, elle a ébloui son monde avec des extraits de la grande Saliha dont Frag lahbib, morr ou saïb (quitter son amant, c'est dur et insupportable).
Le duo, sur un nuage, planait hors des réalités sur les cimes du bonheur. Avec Chahlet aâyani (Les yeux mordorés), le public s'est trouvé au suprême degré du bonheur.
Merci à Rachid Seguini, à Cyrine Ben Moussa et à l'ensemble de musique andalouse de Constantine pour toutes les félicités qu'ils nous ont si généreusement prodiguées.
Adel LATRECH
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